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Risques de contagion par les oiseaux migrateurs

/// Les goélands se reproduisent le plus souvent dans l’Arctique ou hivernent sur les côtes de la mer du nord en Europe. Mais le réchauffement pourrait modifier les chemins de leur voyages lors des migrations ///

Risques de contagion par les oiseaux migrateurs.

Les migrations aviaires constituent un vecteur essentiel de dispersion de nombreux agents pathogènes à l’échelle mondiale. L’évolution des schémas migratoires des oiseaux causés par le réchauffement climatique, entraîne l’émergence de nouvelles trajectoires empruntées par ces migrateurs, suscitant ainsi une préoccupation croissante quant à leur impact sur la santé humaine.

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/// les oiseaux migrateurs trouve refuge et abondance sur les côtes de la mer du nord /// Crédit Photo : Dreamstim

Une expédition scientifique à la recherche des secrets des aigles migrateurs

Au printemps dernier, une équipe de chercheurs s’est lancée dans une mission d’envergure au cœur d’un vaste parc naturel bordant la mer Baltique, à cheval entre l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas. Leur objectif ? Observer de près le comportement des aigles nicheurs de la région et recueillir des données cruciales sur la propagation des virus et autres agents pathogènes le long des routes migratoires empruntées par les oiseaux à travers l’Europe. Parmi les espèces étudiées, les majestueux aigles à queue blanche ont retenu toute l’attention des scientifiques. Bien que sédentaires, ces rapaces jouent un rôle clé dans la transmission des agents infectieux, en se nourrissant d’oiseaux migrateurs et en transmettant ainsi ces pathogènes à leur progéniture. 

C’est d’ailleurs au sommet d’un imposant peuplier noir culminant à 30 mètres de hauteur que les chercheurs ont eu la chance d’observer un nid d’aigles à queue blanche abritant trois aiglons. Une opportunité inestimable pour leur étude. Afin de collecter des échantillons et des données précieuses, l’équipe a déployé des techniques sophistiquées. Un grimpeur d’arbres expérimenté, équipé de matériel spécialisé, a pu accéder au nid pour récupérer délicatement les aiglons et prélever des échantillons de leur environnement immédiat. Ces précieux spécimens ont ensuite été minutieusement analysés en laboratoire pour détecter la présence potentielle d’agents pathogènes transmis par les oiseaux migrateurs. Ce projet de recherche ambitieux, financé par l’Observatoire des Maladies Infectieuses Émergentes Polyvalentes, vise à approfondir notre compréhension des mécanismes de propagation des agents pathogènes par les oiseaux migrateurs. À terme, ces travaux permettront de renforcer les systèmes de surveillance et de prévention des pandémies à l’échelle mondiale.

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/// Un jeune héron vient d'être bagué et testé afin de détecter la présence de pathogènes sur son cycle migratoire. /// Crédit Photo : Dreamstim

Une mine d’or de données sur les oiseaux migrateurs

Depuis plus de deux décennies, les chercheurs de l’observatoire ornithologique d’Ottenby en Suède ont mené un travail de terrain considérable, prélevant des échantillons sur plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux nichant ou faisant escale dans cette région. Leurs analyses ont permis de mettre en évidence une véritable galerie d’agents pathogènes potentiellement menaçants pour les volailles, les humains ou les deux : virus grippaux, Campylobacter, Salmonella, Rickettsia, et bien d’autres encore. Mais au-delà de ces découvertes alarmantes, l’équipe a également pu constater les premiers signes tangibles de l’impact du réchauffement climatique sur les comportements migratoires des oiseaux. Une évolution difficile à quantifier avec précision, faute de données de référence suffisamment anciennes. Heureusement, cet observatoire bénéficie d’un atout majeur : depuis 77 ans, ses scientifiques piègent, baguent et enregistrent méticuleusement les données de pas moins de 140 espèces d’oiseaux différentes. 

Ce précieux travail de suivi s’appuie également sur la communauté mondiale des ornithologues amateurs, véritables sentinelles de la nature. Grâce à leur dévouement et au partage en ligne de leurs observations, il devient possible de retracer avec une grande précision les routes migratoires annuelles et de détecter les moindres changements. Une étude menée en 2006 a ainsi pu mettre en évidence que de nombreuses espèces d’oiseaux chanteurs migrateurs arrivaient désormais plus tôt au printemps dans plusieurs observatoires européens, probablement en raison du réchauffement climatique. Des observations précoces qui constituent des indicateurs précieux des changements environnementaux en cours. Afin d’affiner encore leurs connaissances, les scientifiques ont récemment commencé à équiper certains oiseaux comme les mouettes rieuses et les colverts de minuscules émetteurs, permettant un suivi en temps réel de leurs déplacements. Une technique coûteuse qui ne peut malheureusement être déployée que sur un nombre limité d’espèces pour l’instant.

 

L’espace aérien des migrateurs est vaste 

Lors de leurs voyages annuels entre leurs zones de nidification en arctique et leurs zones habitats pour se nourrir, de nombreuses espèces migratrices font halte dans les prairies côtières situées à côté d’un observatoire ornithologique en Suède. Les bagues posés et leurs mini balises ont permis de retracer les itinéraires de certaines espèces et ont révélé des signes précoces de changement.

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L’ombre menaçante du changement climatique

Le réchauffement climatique pourrait bien exacerber les risques liés à la propagation des agents pathogènes par les oiseaux migrateurs. Plusieurs scénarios inquiétants se dessinent. Tout d’abord, la réduction des migrations pourrait favoriser l’émergence de souches plus virulentes de certains pathogènes, qui n’auraient plus à s’adapter à des déplacements sur de longues distances. De plus, la hausse des températures pourrait entraîner une augmentation des populations de moustiques et de tiques, vecteurs potentiels de nouveaux microbes susceptibles d’infecter les oiseaux. Enfin, les grandes exploitations avicoles industrielles représentent un terreau propice à la persistance et à l’évolution de variants plus mortels des virus grippaux aviaires, menaçant ainsi directement les populations d’oiseaux sauvages. 

Pour les scientifiques étudiant ces différents agents pathogènes transmis par les oiseaux, l’effort international de surveillance du virus de la grippe aviaire démontre l’importance cruciale d’une veille sanitaire renforcée. Le suivi minutieux d’une souche particulière, la 2.3.4.4b, depuis son émergence en 2014 en Corée du Sud jusqu’à sa propagation mondiale via les oiseaux migrateurs, en est un exemple éloquent. Bien que le changement climatique n’ait pas nécessairement favorisé l’évolution initiale de ce variant, les projections indiquent qu’il influencera inévitablement ses déplacements futurs et les espèces d’oiseaux les plus touchées. À l’image du projet mené cet été au Groenland par l’Observatoire des Maladies Infectieuses Émergentes Polyvalentes, qui a détecté la présence de cette souche chez des oiseaux de cette région en réchauffement rapide. Au-delà du suivi des migrations aviaires, les chercheurs étudient également d’autres facteurs susceptibles d’impacter la propagation des maladies, comme les effets du changement climatique sur les écosystèmes des Pays-Bas.

Anticiper les risques sanitaires liés au changement climatique

Face aux bouleversements environnementaux induits par le réchauffement climatique, les experts mettent en garde contre l’émergence potentielle de nouveaux risques sanitaires. Les tentatives humaines pour s’adapter à ces changements, comme la création de sites de reproduction temporaires pour les moustiques en périodes de sécheresse, pourraient ainsi favoriser la prolifération d’insectes vecteurs de maladies. Dans le même ordre d’idées, les chercheurs étudient attentivement les conséquences sanitaires des modifications apportées aux systèmes de digues aux Pays-Bas pour faire face à la montée des eaux. Ces aménagements pourraient en effet accroître les risques de propagation de certains agents pathogènes. Parmi les virus faisant l’objet d’une surveillance particulière figure l’Usutu, un proche parent du virus du Nil occidental, transmis par les moustiques et les oiseaux. 

Bien que rarement pathogène pour l’homme, ce virus cristallise les inquiétudes en raison de son potentiel de transmission et de ses liens avec d’autres virus représentant une menace pour la santé humaine. Afin de mieux comprendre ces maladies zoonotiques transmises par les oiseaux, les scientifiques de l’Observatoire des Maladies Infectieuses Émergentes Polyvalentes mènent une veille active sur le virus Usutu. Ils analysent minutieusement les oiseaux piégés, les plumes tombées et les cadavres d’oiseaux à la recherche de traces de ce pathogène. Cependant, ces efforts de recherche se heurtent à des défis logistiques et financiers de taille. La collecte et l’analyse des échantillons, ainsi que le financement d’études à long terme indispensables pour anticiper les risques émergents liés au changement climatique, représentent des obstacles majeurs. Malgré ces difficultés, les experts insistent sur l’importance cruciale de poursuivre ces travaux, seuls à même de permettre une compréhension approfondie des menaces potentielles pour la santé publique et les écosystèmes, et d’élaborer des stratégies de prévention adaptées.

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